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Zilis, les ruines romaines d'une ville tombée dans l'oubli

Par: Camille ALARY  

PATRIMOINE HISTORIQUE Les ruines de Zilis se situent à l'est de Dchar Jdid, vers la plaine de Had Gharbia, à 31 km au sud de Tanger et 12 au nord-est de Assilah. Dans l'antiquité, les relations entre l'Afrique du Nord et le sud de l'Espagne étaient florissantes, bien qu’elles eussent été sous la domination de l'Empire Romain.

La ville romaine de Zilis s'est installée sur un ensemble de plaines et de collines, de forme semi-circulaire, traversées par trois rivières. Les fouilles archéologiques effectuées sur le  site indiquent que son origine pré-romaine, peut-être phénicienne, date du quatrième siècle avant  J.-C.. Cependant, la création de la colonie romaine s'est faite entre 27-25 av. J.C., hypothèse appuyée par la découverte de monnaies et épigraphies qui montrent également le nom de la ville.  Pline l'ancien,  savant, naturaliste et écrivain militaire, né en 23 après J.-C, la cite sous l'appellation de l'ancienne colonie Augusti Iulia Constantia.
À Zilis, au milieu de la campagne, on trouve les vestiges d'un grand temple, dédié à Mercure,  plusieurs maisons, des thermes (bains) et quelques restes des remparts et rues datant de cette lointaine époque. Les caractéristiques urbaines d’ Auguste Iulia Constantia (ZILIS), confirment que c’était une cité romaine (mur, citerne, maisons à péristyle...) ; les matériaux trouvés (céramiques, monnaies, inscriptions...) correspondent à une période allant du Roi Juba II (23 après J.C.) à Flavius Honorius (423 après J.-C.) 

Les fouilles archéologiques montrent deux grandes phases de la colonie romaine : 
- Une première dite, alto-impériale, allant du premier siècle avant J.-C. à la seconde moitié du IIIème siècle. Au cours de cette période, la colonie atteint un développement remarquable, traduit par la construction d’un aqueduc et d’une grande citerne qui fournissaient l'ensemble thermal. 
- Une seconde phase a débuté à l'époque constantinienne, dans la première moitié du ive siècle. La cité développe l'implantation urbaine, probablement à la suite de la restauration de la défense régionale. Néanmoins, la ville a subi deux abandons importants tout au long de l'occupation romaine : au 1er siècle av. J.-C., et la seconde à la moitié du IIIème siècle.
L´économie de Zilis reposait sur l'exploitation des ressources naturelles de son territoire, principalement agricoles, qui alimentaient les garnisons militaires de Zilis. La découverte de moulins à huile à proximité de la colonie, permet d'en déduire la culture intensive d'oliviers et de vignes, en particulier, dans la zone située à l'est et au sud de Zilis. D´autres vestiges semblent indiquer que l'activité agricole de la population était sans doute diversifiée pour satisfaire la demande locale.
La situation de la ville, à proximité de l'embouchure de la rivière Garifa,  possède d'excellentes conditions comme abri pour la navigation côtière ;  la zone portuaire et industrielle de Kouass (Akwass Briech), a stimulé la capacité d'exportation grâce à des activités commerciales avec le reste de la région de Lixus.  Une voie routière reliait également la ville jusqu’à Tingis.
Pendant le Haut Empire, la production de quatre usines de salaison à Kuass, ajoutée aux exportations de Zilis et sa région, confirment  l’importance de la colonie dans le circuit commercial qui liait les deux côtés du détroit jusqu'au début du IIIème siècle. 
Zilis, après avoir rejoint l'étape Bétique, appartient à la province romaine de Maurétanie-Tingitane, qui comprend tout le nord du Maroc. L'évangélisation chrétienne des provinces romaines d'Afrique a commencé au IIIème siècle, jusqu’à l'invasion du royaume vandale en 429, qui  éliminera  toute trace de civilisation chrétienne. L'empereur Justinien tenta de restaurer le catholicisme en Afrique du Nord, après que Bélisaire, général byzantin, ait battu les Vandales en l'an 533. La domination romaine est restée jusqu'au début du Vème siècle dans la région de Tanger. On suppose que les populations berbères romanisées ont conservé la civilisation gréco-romaine jusqu'à l'invasion arabe en 712 D.C.
Les dernières fouilles archéologiques à Zilis, ont eut lieu en 1982 par une équipe d'archéologues franco-marocains. Mais jusqu’à aujourd’hui, aucune signalisation n’indique aux visiteurs comment s’y rendre, et le mauvais état de la piste ne facilite en rien la quête des aventuriers téméraires. Les sculptures, stèles, pierres gravées et autres effets personnels de la ville romaine de Zilis sont parmi les musées de Tanger et Rabat. Cependant, les traces sont toujours bien visibles sur place et peuvent facilement devenir un atout touristique pour la région.