Lieu

Tanger et... le Cap Spartel

Par: Camille ALARY  

LIEU HISTORIQUE Promontoire naturel d´une beauté extraordinaire, le Cap Spartel , appelé dans des temps anciens, Cap Ampelusium ou Cap des Vignes, se situe sur la côte Atlantique, au nord du Maroc, à 14 km du centre ville de Tanger. Ce point marque la limite entre mer et océan, là où les eaux paisibles de la Méditerranée rencontrent ses consoeurs tourmentées de l’Atlantique.

 

Sur un rocher de 110 mètres d´altitude, il existe un phare, culminant à près de 250 mètres au dessus du niveau de la mer et dont la lumière porte à plus d’une trentaine de kilomètres par temps clair.

Ce premier phare Chérifien fut construit par ordre de sa Majesté Sidi Mohammed Ben Abderrahmane, Mohammed IV du Maroc, à la demande des représentants consulaires internationaux, présents à Tanger, suite aux nombreux naufrages survenus dans les environs.

En 1860, le bateau école de la Marine du Brésil, la Doña Isabel, fût emporté par les fonds après avoir heurté les roches situées sur la côte de Tanger, entraînant la mort de 250 marins. Les travaux ont commencé en juin de cette même année, sous la conduite de l´ingénieur français, M. Jacquet du Service des Phares de Paris. Les travaux furent achevés 4 ans plus tard.

Une tour carrée de 25 mètres de hauteur, réalisée en pierres revêtues de briques rouges, sur laquelle une couronne abrite la lampe du phare.
Le système d´illumination fonctionnait d’abord au pétrole. Puis en 1931, il a été remplacé par un autre, plus puissant, qui émettait quatre rafales blanches toutes les 20 secondes. Deux années plus tard, un mécanisme sonore de grande puissance a été incorporé pour prévenir les jours de fort brouillard.  En 1937, il a été doté d’une radio qui émettait manuellement en morse. Il fallut attendre 1952 pour que le phare soit relié au réseau électrique et doté d’une lampe de 6.000 W à gros filaments. Les dernières modifications ont été faites en 1990, lorsque la lampe a été changée par une autre de 1.000 W à filaments fins. L’équipement à également été automatisé grâce à l´installation d´une plaque solaire.

Le Cap Spartel est un lieu historique emprunt à de nombreuses légendes. Certaines racontent même que la cité engloutie d'Atlantide serait située aux alentours du cap.

“Majuán et Spartel” sont les deux noms donnés à une île submergée dans le détroit de Gibraltar, entre le Cap Spartel et le cap de Camarinal.  C’est le point le plus haut des fonds marins situés entre la péninsule Ibérique et l'Afrique, dont l´altitude maximale atteint 56 mètres sous le niveau de la mer. Cette île aurait disparu il y a des milliers d’années à cause de la montée du niveau des océans et les nombreux tremblements de terre dus à la tectonique des plaques continentales.

Le cap fut le scénario de grandes batailles navales.  Deux d’entre elles portèrent même le nom « La bataille du Cap Spartel ». La première  a eu lieu le 20 octobre 1782, entre l’armée franco-espagnole de Luis de Cordoue, qui bloquait Gibraltar et le passage des navires anglais, face à l’armée britannique de l’Amiral Howe, qui se présenta au secours de la dite place avec armes et troupes.
La seconde eut lieu en septembre 1936, au début de la guerre civile d´Espagne, entre les armées navales de la Marine de Guerre de la République Espagnole et les opposants espagnols au protectorat du Nord du Maroc. La Marine Républicaine a tenté de bloquer le détroit pour empêcher l´arrivée des troupes soulevées depuis le Maroc jusqu’à la Péninsule Ibérique, mais ce fut sans succès. Entre 6.000 et 8.000 soldats et leur matériel de guerre auraient traversé.

Souffrant d’une mauvaise réputation auprès les marins, par la dangerosité de sa traversée, le cap fut la scène de nombreux naufrages, à diverses époques.

Un naufrage, tristement connu, s’est produit le 13 décembre 1911 à deux heures du matin. Le bateau de croisière britannique Delhi, périt lors d´une tempête. Il s’est échoué à deux milles du Cap Spartel. Bravant les intempéries, le Friant, navire de l’armée française se lança à son secours, mais trois des militaires périrent à bord d’une embarcation de sauvetage qui ne résista pas à la puissance des vagues



Pour aller au Cap Spartel, il existe un sentier tranquille longeant la côte, connu sous le nom "chaussée romaine" ou le "sentier des Portugais" qui débute à Sidi Mesmoudi. Cette voie aurait relié Tanger à l’ancienne ville de Cotta (située près des Grottes d´Hercule). Mais aucune étude n’affirme qu’il soit réellement d’époque. Le mirador de Sloquia, se trouve sur ce même chemin. C’est un excellent point de vue pour observer le passage des oiseaux migrateurs.


Le Cap Spartel bénéficie d’un environnement naturel fleurissant grâce à l'eau de pluie qui se charge de fer et de magnésium. La forêt compte de nombreux chênes-lièges mêlés à des chênes de maure et des oliviers sauvages, poussant au milieu de brousses de ciste, lentisques, arbousiers et lianes de clématite. Mais le bosquet a perdu en densité par l´introduction massive d´eucalyptus, d’acacias et de pins.


Le Cap  Spartel représente, avec tout ce qu´il possède, un endroit particulièrement intéressant à visiter. C’est un point géographique d´Afrique important et un lieu touristique à préserver, à réhabiliter et à développer, pour l´avenir de notre région.