Lieu

Leïla, le petit îlot à la grande histoire

Par: Camille ALARY  

DECOUVERTE Sur la côte marocaine, à 40 km de Tanger, 14 km de l’Espagne et 8 km à l’ouest de la cité espagnole de Ceuta, un bout de roche culmine à 74 mètres au-dessus des eaux de la Méditerranée, à seulement 200 mètres du rivage.


Un îlot de moins de 15 hectares, sans vie aucune si ce n’est quelques broussailles, communément appelées fenouil de mer, qui seraient à l’origine de son nom. Un sol rocailleux et des parois abruptes, bordées par des eaux turquoises. Les jours de grandes marées basses, un accès se profile, et quelques bergers locaux y emmènent paître leurs chèvres les plus aguerries.


Bien qu’il baigne dans les eaux territoriales marocaines, la légitimité d’appartenance de ce petit bout de cailloux fut l’objet d’une crise entre le Maroc et l’Espagne en juillet 2002, qui revendiquent tous deux sa souveraineté, en s'appuyant sur des données géographiques et historiques différentes. A l’heure actuelle, aucun traité ne mentionne clairement l’appartenance de l’îlot à l’Espagne ou au Maroc.



L'histoire nous emmène en 1415, lorsque 50 000 portugais quittent leur pays, embarqués sur 250 navires, à destination de Ceuta. Lors du débarquement, une tempête aurait dispersé la flotte portugaise, et l’aurait ainsi forcée à accoster entre Algesiras, Malaga et l’îlot Persil avant d’arriver à Ceuta. Les Maures qui occupaient la ville, cédèrent sans résistance leur territoire aux envahisseurs. Ce fut la première possession portugaise en Afrique, point de départ de l’exploration du continent africain.


En 1580, le Roi d’Espagne Philippe II s’empare du trône et le Portugal et ses colonies deviennent une province espagnole jusqu’en 1640 où un soulèvement contre la domination espagnole porte sur le trône le duc de Bragance, sous le nom de Jean IV. En 1668, l'Espagne reconnaît, par le traité de Lisbonne, l'indépendance du Portugal, en échange de Ceuta qui ne souhaitait par revenir dans le giron Portugais.


Lors de la guerre entre les britanniques et la France Napoléonienne, l’Espagne rejoint les rangs français, ce qui poussa les anglais faire un blocus naval sur Ceuta. Pour ce faire, le Sultan Moulay Slimane du Maroc, autorisa les anglais à investir temporairement l'îlot Persil. Peu de temps plus tard, un détachement de 300 hommes de la garnison de Gibraltar force les britanniques à quitter l’îlot.


S’ensuivent plusieurs tentatives espagnoles pour occuper l’île, mais toutes échouèrent grâce à l’Angleterre et à la volonté du peuple marocain de ne pas céder. Pour preuve, en 1887, une commission espagnole est envoyée sur l’îlot dans le but de construire un phare. Dépêcher, sans autorisation par le Sultan, un groupe de marocains détruit aussitôt les fondations.




En 2002, six membres des forces auxiliaires marocaines débarquent sur l'îlot, le 10 juillet, pour y établir un poste de contrôle dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogue et l'immigration clandestine. Le royaume d'Espagne considère ce débarquement comme une invasion marocaine d'un territoire espagnol, et lance le 17 juillet l'opération militaire

« Opération Romeo Sierra » pour laquelle elle mobilise plusieurs bateaux de guerre et envoie vingt-quatre soldats des forces spéciales sur six hélicoptères débarquer sur l'îlot. Selon le Journal El Pais, ce déploiement aurait coûté près de un million d’euros aux espagnols.

Le Maroc qualifie cet acte de « barbare et colonial » et souligne l'absence de fondement juridique et légal solide prouvant l'appartenance de l'îlot à l'Espagne. Face à l'immobilisme de la diplomatie européenne, la ministre des Affaires étrangères Ana Palacio demande la médiation des États-Unis qui réussissent à faire rétablir le statu quo précédant le débarquement marocain



S’y rendre :

De Tanger, prendre la Nationale 16 ou l’autoroute A4 jusqu’au Port Tanger Med. Une fois le port dépassé, prendre la N16 sur 13 km. Prendre la route à gauche dans le virage et continuer la route jusqu’au village de Belyounech. Traverser le village jusqu’à arriver à une piste à l'ouest du village qui vous conduira jusqu'au bord de la falaise, face à l’îlot.