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Gran Teatro Cervantes : Grandeur et Décadence

VISITE Rappel important de l’âge d’or de Tanger et considéré comme l’une des plus belles oeuvres architecturales que compte la cité portuaire, El Gran Teatro Cervantes fut à ses débuts la plus grande salle de représentations dans toute l’Afrique du Nord. Retour sur l’histoire d’un des monuments clés de la ville...

C’est il y a exactement un siècle que l’aventure du Gran Teatro Cervantes commence. Un couple de bourgeois espagnols décide d’exporter l’influence ibérique au Maroc et lance la construction de l’énorme bâtisse en 1911. Dès lors, le projet est considéré comme une fierté locale par ses représentants, signe du rayonnement interculturel de Tanger. Pour la pose de la première pierre, de grandes personnalités marocaines mais aussi européennes se déplacent, afin de témoigner de cet évènement majeur, qui révolutionnera l’avenir de la ville du Détroit. En décembre 1913, les portes du Théâtre ouvrent après deux ans de travaux majeurs...

Âge d’Or

Pendant des dizaines d’années, Cervantes accueille alors des troupes et vedettes de la chanson et du théâtre, aussi bien marocaines qu’internationales. Des chanteurs d’opéra donnent aussi des concerts dans l’immense salle de spectacles. Des milliers de spectateurs se déplacent pour avoir la chance d’admirer une représentation dans le lieu de prestige, jusqu’à réunir, parfois, plus de 1300 personnes en une même soirée. Des célébrités telles que Caruso, le fameux ténor, s’y produisent juste quelques années après son ouverture. Au Cervantes, soir après soir, le public se délecte des représentations de chant mais aussi de danse classique ou encore de comédie qui lui sont offertes. Oeuvres maghrébines mais aussi espagnoles se mélangent et cèdent parfois même la place à des pièces connues à travers le monde, telles qu’”Othello” de Shakespeare en 1929 ou “Roméo et Juliette”, cinq ans plus tard. Tous les grands acteurs de l’époque, en particulier Tangerois, foûlent les planches de ce lieu historique, offrant du rêve aux touristes et aux habitants, des années durant.

Un avenir en question

En 1928, quinze ans après son inauguration, le théâtre devient la propriété de l’Etat Espagnol. Au fil du temps, le lieu perd peu à peu de son prestige, particulièrement après l’indépendance. A cette époque et pendant près de vingt ans, les autorités espagnoles louent le bâtiment à la municipalité de Tanger pour un loyer symbolique d’un dirham. A ce prix-là, inutile de préciser que des travaux de rénovation sont plus qu’inaccessibles. En 1994, un architecte espagnol propose cependant au gouvernement un projet de réhabilitation du bâtiment, qui, plus de 80 ans après son inauguration n’a pas changé de façade ou de peinture et tombe peu à peu en morceaux, laissé à l’abandon. En 2003,  une association de sauvegarde du Gran Teatro est créée pour éviter son effondrement. Trois ans plus tard, l’organisation signe une convention avec le Ministère espagnol des affaires étrangères et obtient un budget de 200 000 euros pour la rénovation du bâtiment. Même si l’état de délabrement du site nécessite davantage de fonds, cela permet de lancer les premiers travaux d’urgence, en 2007.

Cinq ans plus tard, le Gran Teatro est encore loin du prestige qu’il a connu à ses débuts, mais ses fervents défenseurs luttent toujours pour le voir renaître de ses cendres et faire ce qu’il fit le mieux durant des années : assurer parfaitement le rayonnement culturel de la ville de Tanger. Il ne reste donc plus qu’a espérer voir ce rêve, un jour, se réaliser...

Texte Elisa F

Image DR