Lieu, Culture

À la mémoire de Mohamed Choukri

Par: Julien ANTINOFF  

ACTUS Décédé en 2003, Mohamed Choukri reste l’un des grands écrivains que le Maroc a connu. Afin de lui rendre hommage, la ville de Tanger souhaite redonner vie à un projet de fondation.

Mohamed Choukri n’est pas un enfant de Tanger, au sens premier du terme. Il naît à Beni Chiker, un petit village berbère près de Nador, en 1935. Dès l’âge de onze ans, il fuit la misère et devient un enfant des rues à Tanger, où il côtoie la misère, la violence... C’est en prison, à l’âge de vingt ans, qu’il apprend à lire et à écrire. Arrêté par les espagnols qui occupaient le Nord du Royaume, c’est un indépendantiste qui lui apprendra la lecture et l’écriture avec succès. Dans le Tanger des années 60, il rencontre des artistes de renom : Paul Bowles, Jean Genet, Tennessee Williams... De ces rencontres avec ces trois personnes, il en écrira des recueils de mémoires : Jean Genet et Tennessee Williams à Tanger, Jean Genet à Tanger ou Paul Bowles, le reclus de Tanger. Cette période -les années 60- est aussi celle de ses premières publications dans un mensuel de Beyrouth Al-adab (La Littérature). Son premier succès à l’international, il le doit à l’écrivain américain Paul Bowles en 1973. Ce dernier traduit en anglais le livre Al-Khoubz Al Hafi (Le Pain Nu). Cette oeuvre sera traduite en français par l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun en 1980. Le Pain Nu est un récit autobiographique, dans lequel l’auteur raconte la misère de son enfance et son exil dans la Ville du Détroit. Le livre sera interdit au Maroc de 1983 à 2000 à cause de scènes à caractère sexuel très crues et aux références à l’alcool. Sa trilogie autobiographique, commencée avec le Pain Nu, poursuivie avec Zaman Al-Akhtaâ aw Al-Shouttar (Le Temps des erreurs ou la Sagesse de la Rue) et terminée avec Visages, reste à ce jour ses oeuvres références. Atteint d’un cancer, il décède à l'hôpital de Rabat, en novembre 2003 et est inhumé au cimetière Marshan de Tanger. Il aura tout juste le temps de créer une fondation à son nom. 
Après des années d’oubli, ce projet de fondation en l’honneur de l’écrivain revient sur le devant de la scène.

Il devrait, enfin, voir le jour grâce au partenariat entre la commune urbaine de Tanger, la délégation du ministère de la Culture et la fondation du festival Twiza. Le maire de la ville, Fouad El Omari, indique : “en dehors de sa qualité d’écrivain reconnue à l’échelle internationale, le regretté a fait connaître la ville de Tanger dans le monde entier à travers ses livres”.  Le maire ajoute qu’un siège devrait être disponible dans les prochaines semaines pour accueillir la fondation. 

Le délégué de la culture estime, de son côté, qu’il est temps de concrétiser ce projet dont on parle depuis 2006. 

Texte Julien Antinoff

Photo DR